Eléments
de conjoncture
A l'origine, les travaux du département
transformation des produits végétaux de l'INRA se focalisaient uniquement
sur la valorisation alimentaire des différentes espèces végétales
(maïs grain, blé, pomme de terre etc.). Depuis, plusieurs éléments
de conjoncture ont modifié le paysage au niveau occidental conduisant ainsi
les chercheurs à explorer des voies de valorisations non alimentaires de
ces espèces : -
Une
nouvelle demande environnementale. Le premier élément de
conjoncture a été une prise de conscience des problèmes environnementaux
: pollution de type urbaine essentiellement (liée aux gaz d'échappement),
et effet de serre ; et de la nécessité de les résoudre.
Concernant la pollution urbaine, les analyses statistiques sur la période passée
et les projections sur l'avenir montrent que la formation et le renforcement des
mégapoles va continuer ce qui va accroître la demande de maîtrise
de cette pollution. Avec l'effet de serre est apparu le soucis permanent de
réduire la quantité de carbone fossile rejeté dans l'atmosphère. -
Un renchérissement des ressources énergétiques.
Le deuxième élément concerne l'augmentation du prix des ressources
énergétiques. Si l'on remonte de quelques milliers d'années, seules
les énergies renouvelables étaient utilisées ; puis sont venues
les énergies fossiles ; et enfin pour certains pays, les énergies fissiles. Ces
dernières sont parfois remises en cause pour des raisons de protection
de l'environnement ou d'acceptabilité par certaines parties de la population.
On sait en revanche qu'un problème d'énergie se pose de manière
très sérieuse et qu'il sera accentué si des pays tels que
la Chine, l'Inde etc. atteignent des niveaux de développement donc de consommation
en énergie équivalents à celui des occidentaux (il ne s'agit ici que de l'exemple
européen). -
Les surproductions agricoles
de l'Occident. Le troisième élément qui est venu
se greffer sur les précédents concerne la surproduction agricole
des années 1990 - 1995. Le niveau considérable des stocks
a conduit à la mise en place d'une PAC à l'échelle européenne
(Politique Agricole Commune) avec mise en jachère de 10% des surfaces,
puis de 5%. En résumé, l'évolution
du paysage a consisté en une émergence des demandes sur l'environnement
et l'énergie d'un côté ; et de l'autre, l'apparition d'excédents
de matières premières que l'on savait transformer par ailleurs. |
Objectifs
politiques
Dans ce contexte, une prise en main par les
instances politiques a abouti à plusieurs décisions à long terme (2010 - 2020
: accords de Kyoto, Berlin, Johannesburg etc.) qui vont toutes dans le même
sens : - il faut diminuer la consommation
d'énergie fossile
(carbone fossile) ; - il faut augmenter la consommation
à partir de ressources renouvelables, la solution importe peu.
- Est inclu
dans cet ensemble, le soucis d'avoir des matériaux biodégradables afin de limiter
dans le même temps un certain nombre de pollutions solides.
Cette
prise en main a conduit, en particulier après Kyoto, à un protocole bruxellois
qui pose comme objectif à l'horizon 2010 que 22% de l'énergie
utilisée en Europe occidentale soit d'origine renouvelable (sans préciser
éthanol ou diester ; il s'agit donc d'un ensemble très large).
Cet objectif s'inscrit dans un contexte où règne une très
forte incertitude sur le devenir de la PAC, du commerce mondial et sachant qu'il
existe une montée très forte de la demande alimentaire liée
à l'érosion des sols, à la pénurie d'eau et à l'augmentation
de la population mondiale ; les projectionnistes estiment en effet qu'il faudra
multiplier la production alimentaire par trois ou quatre d'ici 2050 (après
intégration des différents stades de transformation). Impact
sur les répartitions des surfaces en 2010
Sur cette
base, M. Desmarescaux, ancien PDG de Rhône-Poulenc, a calculé au
niveau français les surfaces agricoles qui devront être consacrées
à des valorisations non alimentaires :
| Tab. 1 - Projections en 2010 - rapport
Desmarescaux, 1998 D'après Colonna, 2002 - surfaces en 1000 ha |
| Produits |
1997- 98 |
2010 |
Ecart |
| Biocarburants |
255 |
350 - 600 |
+95/ 345 000 ha | |
Biolubrifiants * | 8 |
83 | +
75 000 ha | | Solvants,
chimie | 85 |
155 |
+ 70 000 ha | |
Chimie, tensioactifs |
- | 60 |
+ 60 000 ha | |
Polymère, matériaux |
- | 10 |
+ 10 000 ha | |
Pharmacie, hygiène ** |
29 | 37 |
+ 8 000 ha | |
* à partir de chaînes grasses
provenant d'oléagineux. ** molécules à très forte
valeur ajoutée mais sur des marchés très restreints. |
L'augmentation n'est pas négligeable même si l'on
admet que cette projection comporte un risque d'erreur d'environ 20%. |