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Le 21ème s. invente de nouveaux débouchés

 

 

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Le site BioMatNet de la Commission européenne sur les valorisations non alimentaires

 

 

 

MAÏS : LE 21èmes. INVENTE
DE NOUVEAUX DEBOUCHES

 

Pour aider les producteurs à mieux comprendre le fonctionnement des marchés et à en anticiper les évolutions, Maïsadour Semences a organisé, les 3 et 4 décembre 2002, un séminaire sur le thème de la valorisation de la filière maïs. Ce dossier est une adaptation de la présentation de P. Colonna, responsable du département Transformation des Produits Végétaux de l'INRA (TPV). Il fait le point sur les valorisations non alimentaires du maïs à moyen et à long terme : recherches technologiques en cours, facteurs de développement économique de ces marchés de niche etc.

SOMMAIRE du dossier
d'après la présentation de P. Colonna, INRA

1- Le contexte général (pourquoi de nouveaux débouchés)
Eléments de conjoncture
Objectifs politiques
Impact sur les répartitions des surfaces en 2010
Utilisations comparées du maïs aux Etats-Unis et en France

2- L'amidon
Schéma technologique actuel de transformation du maïs

3- Les matériaux d'emballage à base de biopolymères : sur la voie de la biodégradabilité
Potentiel de production
Coût énergétique
Solutions technologiques : intérêts / limites et exemples d'applications
Arguments en faveur de l'utilisation de l'amidon :
réduction des coûts / biodégradabilité

Positionnement par rapport au carbone fossile

4- Les biocarburants : quel avenir pour l'éthanol ?
Besoins énergétiques globaux
Solutions technologiques : France / Etats-Unis
Bilans énergétiques
Compétitivité de l'éthanol à l'horizon 2050

5- La recherche technologique à l'INRA : démarche / perspectives

6- Conclusion
Facteurs actuels d'opportunité
Difficultés

 

 

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1- Le contexte général
(pourquoi de nouveaux débouchés)

  Eléments de conjoncture

A l'origine, les travaux du département transformation des produits végétaux de l'INRA se focalisaient uniquement sur la valorisation alimentaire des différentes espèces végétales (maïs grain, blé, pomme de terre etc.). Depuis, plusieurs éléments de conjoncture ont modifié le paysage au niveau occidental conduisant ainsi les chercheurs à explorer des voies de valorisations non alimentaires de ces espèces :

  • Une nouvelle demande environnementale. Le premier élément de conjoncture a été une prise de conscience des problèmes environnementaux : pollution de type urbaine essentiellement (liée aux gaz d'échappement), et effet de serre ; et de la nécessité de les résoudre.
    Concernant la pollution urbaine, les analyses statistiques sur la période passée et les projections sur l'avenir montrent que la formation et le renforcement des mégapoles va continuer ce qui va accroître la demande de maîtrise de cette pollution.
    Avec l'effet de serre est apparu le soucis permanent de réduire la quantité de carbone fossile rejeté dans l'atmosphère.

  • Un renchérissement des ressources énergétiques. Le deuxième élément concerne l'augmentation du prix des ressources énergétiques. Si l'on remonte de quelques milliers d'années, seules les énergies renouvelables étaient utilisées ; puis sont venues les énergies fossiles ; et enfin pour certains pays, les énergies fissiles. Ces dernières sont parfois remises en cause pour des raisons de protection de l'environnement ou d'acceptabilité par certaines parties de la population. On sait en revanche qu'un problème d'énergie se pose de manière très sérieuse et qu'il sera accentué si des pays tels que la Chine, l'Inde etc. atteignent des niveaux de développement donc de consommation en énergie équivalents à celui des occidentaux (il ne s'agit ici que de l'exemple européen).

  • Les surproductions agricoles de l'Occident. Le troisième élément qui est venu se greffer sur les précédents concerne la surproduction agricole des années 1990 - 1995. Le niveau considérable des stocks a conduit à la mise en place d'une PAC à l'échelle européenne (Politique Agricole Commune) avec mise en jachère de 10% des surfaces, puis de 5%.

En résumé, l'évolution du paysage a consisté en une émergence des demandes sur l'environnement et l'énergie d'un côté ; et de l'autre, l'apparition d'excédents de matières premières que l'on savait transformer par ailleurs.

  Objectifs politiques

Dans ce contexte, une prise en main par les instances politiques a abouti à plusieurs décisions à long terme (2010 - 2020 : accords de Kyoto, Berlin, Johannesburg etc.) qui vont toutes dans le même sens :

  • il faut diminuer la consommation d'énergie fossile
    (carbone fossile) ;
  • il faut augmenter la consommation à partir de ressources renouvelables, la solution importe peu.
  • Est inclu dans cet ensemble, le soucis d'avoir des matériaux biodégradables afin de limiter dans le même temps un certain nombre de pollutions solides.

Cette prise en main a conduit, en particulier après Kyoto, à un protocole bruxellois qui pose comme objectif à l'horizon 2010 que 22% de l'énergie utilisée en Europe occidentale soit d'origine renouvelable (sans préciser éthanol ou diester ; il s'agit donc d'un ensemble très large).
Cet objectif s'inscrit dans un contexte où règne une très forte incertitude sur le devenir de la PAC, du commerce mondial et sachant qu'il existe une montée très forte de la demande alimentaire liée à l'érosion des sols, à la pénurie d'eau et à l'augmentation de la population mondiale ; les projectionnistes estiment en effet qu'il faudra multiplier la production alimentaire par trois ou quatre d'ici 2050 (après intégration des différents stades de transformation).

  Impact sur les répartitions des surfaces en 2010

Sur cette base, M. Desmarescaux, ancien PDG de Rhône-Poulenc, a calculé au niveau français les surfaces agricoles qui devront être consacrées à des valorisations non alimentaires :

Tab. 1 - Projections en 2010 - rapport Desmarescaux, 1998
D'après Colonna, 2002 - surfaces en 1000 ha

Produits

1997- 98

2010

Ecart

Biocarburants

255

350 - 600

+95/ 345 000 ha

Biolubrifiants *

8

83

+ 75 000 ha

Solvants, chimie

85

155

+ 70 000 ha

Chimie, tensioactifs

-

60

+ 60 000 ha

Polymère, matériaux

-

10

+ 10 000 ha

Pharmacie, hygiène **

29

37

+ 8 000 ha

* à partir de chaînes grasses provenant d'oléagineux.
** molécules à très forte valeur ajoutée mais sur des marchés très restreints.

L'augmentation n'est pas négligeable même si l'on admet que cette projection comporte un risque d'erreur d'environ 20%.

 

  Utilisations comparées du maïs aux Etats-Unis et en France

Tab. 2 - Utilisations comparées du maïs
Colonna, 2002 - d'après données AGPM

Utilisations

 USA

FRANCE

Alimentation animale

58 %

32 %

Exportations

22 %

44 %

Sirops de glucose et fructose

7,9 %

10,8 %

Ethanol

7,3 %

0 %

Amidon *

2 %

cf. sirops

Alimentation

1,9 %

2,6 %

Semences

0,2 %

 

* en France, regroupement de l'amidon et des sirops, soit
10, 8 % pour l'ensemble (note : ne pas confondre ce chiffre avec les 20 % annoncés en introduction du séminaire et qui concerne l'Europe)

 

Pour compléter ce paysage, il est intéressant de comparer les domaines d'applications du maïs entre la France et les Etats-Unis, deux pays de niveau technologique équivalent (Tab. 2) :

  • la première différence porte sur la moindre utilisation du maïs en France comparativement aux Etats-Unis ;

  • en revanche, la part d'exportation est importante en
    France ;

  • Enfin, la production d'éthanol est de 7,3% aux Etats-Unis alors qu'elle est inexistante en France. C'est l'enseignement majeur qui se dégage de ces données.

 

 

2- L'amidon

  Schéma technologique actuel de fractionnement du maïs

Il existe 2 pistes de valorisation en réponse aux objectifs précédemment définis mais qui s'établissent de toute façon sur le schéma technologique actuel de fractionnement du maïs. On ne cherche pas en effet à être en rupture par rapport aux technologies existantes (cf. §  5). L'animation ci-contre en rappelle les principales étapes
(note : il s'agit du procédé le plus couramment utilisé, d'autres procédés existent et concernent des quantités plus faibles ; voir un dossier complémentaire du site : broyage complet et mouture sèche) :

Quelle que soit la variété, une tonne de maïs permet d'obtenir environ 200 Kg de corn-gluten feed (utilisé dans certains cas en alimentation animale), 39 Kg de gluten meal (à 21% de proteines), 30 L d'huile (co-produit à forte valeur ajoutée) et 630 Kg d'amidon. L'amidon peut ensuite être transformé en glucose (700 Kg de sirop de glucose-fructose), en éthanol, ou en divers dérivés chimiques (environ 3500 dérivés chimiques différents). Ainsi, les deux hypothèses en terme de nouveaux débouchés pour le maïs sont les matériaux d'emballage d'une part et les biocarburants à base d'éthanol d'autre part.

 

 

3- Les matériaux d'emballage à base de biopolymères :
sur la voie de la biodégradabilité

  Potentiel de production

L'observation des quantités de matériaux d'emballage produits au niveau français (Tab. 3) montre une voie intéressante du côté des plastiques d'emballage dont la production est estimée à 1,6 MT/an. Ce chiffre est à mettre en regard d'une masse équivalente pour le bois ; d'une production deux fois plus élevée pour le verre, et très faible pour les métaux. L'idée est de remplacer ces polymères de synthèse par des biopolymères et en particulier l'amidon dans la fabrication d'objets d'emballage de grande consommation

  Coût énergétique

Pour estimer la viabilité de cette solution, une analyse du coût énergétique de ces matériaux est fondamentale car c'est la variable qui fera à terme basculer la tendance. Le tableau 4 présente les coûts de fabrication en Méga Joules par kilogramme pour différents matériaux : les polymères issus des carbones fossiles sont dix fois plus gourmands en énergie que ceux à base de carbone renouvelable. Ce bilan ouvre des perspectives très fortes vis à vis des métaux et des polymères de synthèse sur le plan énergétique. C'est un argument non négligeable à prendre en considération à long terme.

Tab 3 - Production nationale de matériaux d'emballage
D'après Colonna, 2002

Emballage

 Quantité
(MT / an)

Papier carton

4,1

Verre

3,5

Bois

1,7

Polymères (plastiques)

1,6

Métaux

0,7

 

Tab 4 - Coûts énergétiques des matériaux
Sources : Ademe, CTBA, Ind. Mét.
D'après Colonna, 2002

Matériau

 Coût fabrication
(MJ / Kg)

Bois de construction

1 - 3,4

Ciment - béton

4 - 4,7

Verre

12,6 - 24

Acier

12,9 - 60

Polymères C fossile (PET...)

45 - 90

Aluminium

200 - 230

Fibre carbone

4 000

 

  Solutions technologiques actuelles : intérêts / limites - exemples d'applications

  • Incorporation d'amidon ou de protéines en charge dans un matériau. L'unique intérêt de ce procédé est d'ordre économique : le coût de l'amidon s'élève à 0,13 Euro/Kg alors que celui du polyéthylène (fabriqué à partir de carbone fossile) s'élève à 1 Euro/Kg. On obtient une baisse du prix de revient de la matière pour une baisse de performance généralement négligeable pour le consommateur. Pourtant, la présentation de ce procédé est souvent accompagnée d'un discours sur la biodégradabilité. Or cet argument n'est pas valable puisque l'amidon est ici encapsulé c'est-à-dire inaccessible aux enzymes et microoragnismes susceptibles de le dégrader.

  • Réalisation d'alliages en polymères de synthèse et amidon. La sensibilité à l'eau représente le principal défaut des biopolymères utilisés seuls. Les alliages présentent donc un intérêt majeur en améliorant les performances mécaniques de ces matériaux et leur résistance à l'eau. Bien que le marché ne se soit pas encore développé, ce débouché est déjà totalement vérouillé par les grands industriels de la Chimie (Elf Aquitaine, Monsanto etc.) qui ont depuis longtemps brevetés les formulations de polymères de synthèse à mettre en mélange avec des biopolymères.
     
     

  • Réalisation de multicouches : 1 film de polyéthylène, 1 film d'amidon, 1 film de polyéthylène. L'ensemble est parfaitement résistant à l'eau ; le polyéthylène est perméable à l'huile et l'amidon y est imperméable. On récupère ainsi de nombreuses propriétés mécaniques très intéressantes. L'inconvénient est que le polyéthylène n'est plus recyclable et n'est toujours pas biodégradable.

  • Réalisation de matériaux composites : amidon chargé avec des fibres végétales. Outre des capacités de mise en forme ou autres, ces matériaux présentent des propriétés mécaniques environ équivalentes à celles des polymères de synthèse. De plus, la présence de fibres végétales est un atout environnemental mais s'accompagne de problèmes techniques dus aux variations qualitatives des propriétés des fibres, difficilement compatibles avec des marchés exigeants (équipements automobiles, ameublement).

  • Hémisynthèse. Ce procédé permet d'obtenir de l'acide polylactique (PLA) à partir d'acide lactique (donc de glucose) dont les domaines d'applications sont nombreux. L'exemple des gobelets en plastique des machines à café est intéressant car il montre toute l'ampleur de la maîtrise technologique nécessaire pour obtenir un produit de qualité ; il faut résoudre des problèmes de stabilisation de la taille du gobelet, d'électricité statique pour permettre au gobelet de tomber à la verticale etc. Danone a utilisé ce procédé pour la fabrication de pots de yaourts entièrement biodégradables destinés au marché allemand. L'avantage commercial n'ayant pas été confirmé, la société a abandonné cette solution qui, de plus, ne résolvait pas la question du tri sélectif.

 

Notons également que ces objets n'ont pas nécessairement le même champ d'application que les matériaux issus de polymères de synthèse qu'ils pourraient remplacer. D'autres facteurs autres que qualitatifs peuvent contraindre une société à en suspendre l'utilisation. La firme BMW par exemple fut bien étonnée de constater une invasion de souris dans ses garages suite à l'utilisation de mousses de calage en amidon expansé pour ses pièces détachées de moto.

  Arguments favorables à l'utilisation de l'amidon

  • Argument économique. Si l'on compare les coûts des différents matières brutes, on constate que le polyéthylène coûte 4 fois plus cher que de l'amidon. Toute augmentation du prix du pétrole est donc favorable à ce genre d'argument.

  • Biodégradabilité. C'est l'argument majeur en faveur de l'utilisation de l'amidon. Si le recyclage, pronné par l'industrie pétrolière, est justifié dans de nombreux situations, il présente également ses limites :
    • emballages pollués (yaourt utilisé,...) ;
    • emballages complexes (types multicouches : bouteille d'huile,...) ;
    • produits égarés dans la nature : bien que ces "accidents" soient regrettables, ils n'en sont psa moins une réalité qui doit être prise en compte ;

    Dans ce cas, les objets biodégradables présentent un intérêt.

  Positionnement par rapport au carbone fossile

Quels sont, en dehors du prix, les facteurs de déséquilibre qui pourraient limiter le développement de ce marché :

  • La production des matières plastiques ne consomme que 2% des utilisations gaz - pétrole

  • Rappelons les avantages : réduction à la source, réutilisation, recyclage, revalorisation

  • L'inconvénient majeur, dénoncé par l'industrie pétrolière concerne l'augmentation du poids unitaire inhérente aux plastiques à base de biopolymères. Alors que les polymères de synthèse ont une densité comprise entre 0,7 et 0,8, celle des biopolymères varie entre 1,2 et 1,4 ; le poids unitaire augmenterait ainsi de 400%, ce qui aura pour conséquence de doubler la consommation d'énergie. L'industrie pétrolière considère que le coût global, en comparaison avec un polyéthylène standard, augmenterait de 210%.

 

 

Suite du dossier

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Date de création: 15 juin 1999- Dernière mise à jour: 27-sep-05