
Les
médias représentent l'un des forums les plus importants de la scène
publique. Mais sont-ils le reflet des préoccupations du public ? En
d'autres termes, que peut-on penser de la montée du traitement des
questions relatives à l'agriculture dans les médias et notamment dans
la presse.
Le
grand mensonge : l'arène médiatique, reflet fidèle de la demande
sociale !
Le rôle des médias est aujourd'hui mis en question.
D'un côté, leur utilité en tant que contre pouvoir n'est plus à démontrer.
"Leur rôle est notable pour faire connaître certains risques
que des opérateurs souhaiteraient taire ou minimiser pour éviter une
chute de leur réputation". Mais on connaît également leurs contraintes
(concurrence très forte, nécessité de se faire comprendre par une
large cible) et l'attitude qui en résulte : surenchère, "dramatisation
des faits, notamment dans des titres chocs exagérés traduisant mal
la complexité d'une question" :
- "Alerte au soja fou", Libération - 1er novembre 1996
- "Maïs attacks, les plantes transgéniques envahissent nos assiettes",
Télérama - 24 juin 1998
- "L'horreur alimentaire", Le Monde - 16 août 1999
- "Le discrédit agricole", Libération - 17-18 février 2001
- "Le grand mensonge", Le Figaro - 17 février 2001
Certains vont même jusqu'à dire qu'ils sont responsables
du climat d'inquiétude actuel : "l'idée du rôle des médias dans
l'amplification des risques alimentaires semble aujourd'hui acquise
dans les milieux scientifiques, administratifs et politiques, probablement
installée dans les esprits par quelques affaires malheureuses comme
celle des lysteria dans le fromage au lait cru de l'entreprise Le
Petit au printemps 1999". En effet, les journalistes si enclins
à porter à la "une" tout ce qui peut apparaître comme une entorse
aux règles sanitaires, "oublient" fréquemment de mentionner la disparition
du risque lorsque les mesures adéquates ont été prises. "Par
exemple, l'huile de colza, accusée en 1974 de contenir de l'acide
érucique n'a jamais pu redorer son blason même après élimination de
cet acide gras et malgré ses qualités nutritionnelles !" D'où
la persistance de la suspicion, l'impression "que les affaires s'empilent
et que l'on ne progresse pas".
Pourtant
les médias grand public sont un bon indicateur d'évolution de la société
et de ses interrogations.
Il ne suffit pas en effet qu'un discours soit porté
par plusieurs acteurs aussi médiatiques soient-ils (Greenpeace par
exemple) pour que la presse généraliste s'en fasse l'écho. Les médias
sont un filtre. Par l'analyse des choix effectués dans les rédactions
de traiter ou non un évènement ou une information, on peut en tirer
des conclusions. Jusqu'au milieu des années 1980, la presse relate
de manière épisodique et ponctuelle uniquement les critiques émises
envers les conséquences du modèle agricole des décennies d'après guerre
(exemple du veau aux hormones). Les questionnements ou les actions
menées par quelques groupes associatifs restreints ne trouvent pas
l'écho recherché. L'augmentation du nombre d'articles apparaît "à
partir de la fin des années 1980 avec la montée de la sensibilité
envers diverses pollutions (nitrates, lisiers), puis, depuis le milieu
des années 1990, avec les questions de sûreté alimentaire liées à
l'ESB ou au poulet à la dioxine, à la fabrication des aliments du
bétail et au débat sur les OGM". Progressivement, les articles
passent des rubriques professionnelles (les rubriques "d'experts")
à la "une" des quotidiens et magazines grand public relayés par les
radios et les télévisions. Ainsi, si les critiques envers les conséquences
du modèle agricole ne sont pas nouvelles, ce qui est nouveau, c'est
l'ouverture systématique de leur tribune au débat sur la demande sociale
adressée à l'agriculture. Pourquoi ce choix ? Très tôt, alors que
les préoccupations étaient encore diffuses dans la société, les journalistes
ont perçu qu'elles étaient par contre très présentes et s'en sont
en conséquence fait l'écho. En d'autres termes, le public était mûr.
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Ainsi, bien que la presse amplifie la crise
de confiance, le fait même que les rédactions choisissent de
porter de manière récurrente ces sujets à la "une" est révélateur
de l'émergence de nouveaux questionnements vis à vis du modèle
de production agricole actuel. Même si la question de la responsabilité
des médias dans cette crise est posée, prétendre que les médias
construisent la réalité est probablement exagéré.
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